De l’impossibilité d’aimer l’affligeante Madame Angot.

Angot

Frère en littérature, mon ami, mon amour, je viens ici te mettre en garde contre une nouvelle imposture. Toujours la même en fait. Une imposture qui revient régulièrement inonder les écrans que tu regardes, les journaux que tu lis, les radios que tu écoutes et les étagères que tu couvres de livres. Toujours la même tranche d’épaule sous vide, nageant dans son eau graisseuse, mais vendue comme du bellota par les commerciaux éhontés de la critique littéraire : le dernier Christine Angot.

Christine Angot, est comme les serials killers, elle sévit plusieurs fois, c’est plus fort qu’elle. Donc, assez irrégulièrement, elle pond un œuf avarié et les critiques crient au retour de Pierre-Karl Fabergé. Mais c’est du toc, mon frère, de l’authentique mou de veau que même Raminagrobis, ton chat de gouttière préféré, refuserait en temps de grande famine.

C’est difficile, mon bel Émile, de taper fort sur Christine. C’est une victime. Elle a eu un père incestueux qui lui a fait subir des dégueulasseries telles qu’elles obligent à la retenue. Mais, Milou, si l’on veut faire montre d’une once d’honnêteté intellectuelle, il nous faut compatir avec la personne et conchier l’auteur.

Son enfance fut un drame, mais les drames font-ils les grandes œuvres ? Sans doute pour qui sait écrire. Et tu sais quoi ? Malgré tout ce qu’une partie de la médiasphère plastronne : Christine Angot ne sait pas écrire. Ou alors, pour être un peu aimable, disons que certaines fois, elle est plus intéressante qu’un formulaire Cerfa. Mais c’est rare…

Et pourtant, pourtant, la critique n’aime qu’elle. A quelques exceptions aussi salutaires qu’énervées, une belle tripotée de plumitifs de la presse spécialisée se tripote le brocoli cérébral en criant au génie. Leurs grognements de plaisir montent en une lente mélopée orgiaque autour du veau d’or Angot.

Ecoute un peu ça, mon amical Émile, ça sort tout chaud des pages de Télérama. « Angot traque si fort le mot exact, aiguise tant sa phrase, qu’elle laboure et égratigne nos profondeurs intimes ».

un-amour-impossible-par-christine-angotJ’ai lu sa dernière ponte, Un amour impossible. Je suis d’accord avec l’auteur au moins quant au titre de son ouvrage : il est impossible de l’aimer. Et ce ne sont pas mes profondeurs intimes que Titine, vendeuse d’autofictions glauques, m’a labouré, mais plutôt le système nerveux, instillant en moi la désagréable impression qu’elle se sert de moi pour une psychanalyse lucrative. Entends par là, Émile, que je la paye pour qu’elle vienne déverser le contenu bien odorant de son sac intime dans mon giron.

 

L’histoire

Une fois de plus, la quatrième, Christine Angot nous ressert son histoire familiale et l’inceste paternel. Cette fois, elle parle de sa mère. La maman de Christine rencontre le papa de Christine, met au monde Christine, alors que le papa de Christine vivait avec une autre femme avec laquelle il a eu des enfants. Et puis, page 156, au cas où tu aurais passé les seize dernières années en apnée dans un caisson interstellaire, Christine fait un énième rappel glacé et glaçant à l’inceste paternel. Christine en a voulu à Maman de ne pas avoir réagi. Maman a culpabilisé. Puis Christine a culpabilisé d’avoir fait culpabiliser Maman.

Voilà. Tu peux refermer le livre, tu as fini le dernier roman de Christine Angot.

 

Le style

Tu as d’autant plus de mérite, mon vaillant Émile, que tu as été confronté plusieurs dizaines de pages durant à une écriture incroyablement mauvaise. A tel point que certaines fois, tu as envisagé l’hypothèse d’un canular. Mais tu sais que la maison Flammarion n’est pas un rendez-vous de joyeux drilles et Christine Angot se prend trop au sérieux pour rire d’elle-même.

Tu ne me crois pas ? Lis ça, mon Milou en septembre, ça sort tout frais du livre de C. Angot. «Leur famille habitait Paris depuis des générations, dans le dix-septième arrondissement, près du parc Monceau, était issue de Normandie.»

Erreur de composition typographique ? Que nenni, mon ami. Modernité littéraire, disent les titillés du pistil.

Tu reprendras bien un peu de foutage de gueule pour accompagner la pilule amère ? Cette fois, cela concerne l’usage délirant de la ponctuation.

«Lui: J’aimerais beaucoup que tu viennes t’installer à Paris, et qu’on continue à se voir. Tu réfléchiras, Rachel? – Elle: Moi aussi j’aimerais Pierre.»

Toujours pas d’erreur de composition chez l’imprimeur, toujours cette pu… de modernité littéraire. Mais quelqu’un peut-il dispenser un cours à Madame Angot sur l’art, aussi subtil qu’essentiel, de la virgule ?

Comme tout cela me met très en colère et que je ne souhaite pas rugir seule, je m’autorise à t’en servir une dernière louche avec une rasade de dialogues indigents, voire nunuches, neuneus… Gênants.

«– Pierre!

– Oui.

– … Tu m’aimes?

– Regarde-moi.

– Je te regarde.

– Je t’aime Rachel.

– Moi aussi, tu sais

Oui, oui, oui…. Ce genre de choses a été retenu dans la dernière liste du Prix Goncourt. Oui, oui, oui…

Et puis avant que tu partes, je te fabrique un petit doggy bag avec de la vraie crotte dedans : le goût horripilant de Madame Angot pour la répétition, avec un medley non exhaustif : « Je suis tombée dans l’eau je suis tombée dans l’eau Je suis tombée dans l’eau Je suis tombée dans l’eau je suis tombée dans l’eau je suis tombée dans l’eau Je… », « Qui veut du sable doux, qui veut du beau sable doux ? Qui veut mon sable doux ? Qui veut acheter mon beau sable doux ? » « Ah la la mon Dieu, qu’est-ce que j’en ai marre, mon Dieu, mais j’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre, mais j’en ai marre !… […], mais qu’est-ce que j’en ai marre mon Dieu… »

Ah Christine si tu savais comme tu nous enlèves les mots de la bouche en ces toutes dernières phrases !

Emile, il faut que tu le saches, si tu décides quand même de gravir cette montagne de vacuité, sache qu’avant la sortie, tu devras affronter un mur glacé de 15 pages, dans lequel Christine fait la leçon à sa maman. C’est de la pseudo-psycho-socio-psychanalo-chose assez pathétique.

Si tu me cherches à l’issue de tout cela, saches que je t’attends en bas. Assise sur une pile d’Angots, je me lave les yeux en lisant des formulaires Cerfa.

 

 

Un Amour impossible de Christine Angot, paru chez Flammarion.
ISBN : 2081289172

 

Angot 3

Bonus pour toi, Émile : un peu d’autodérision pour que l’on ne  se quitte pas fâchés si jamais tu envisageais une carrière aux Inrocks ou à Télérama…

 

2 Comments

  • Lafayette dit :

    Ca cogne !

  • Gavin dit :

    Voltaire avait répondu ceci à Rousseau lorsque celui-ci lui avait envoyé l’un de ses manuscrits: « Après votre lecture, il me prit l’envie de marcher à quatre pattes. On n’a jamais essayé de se rendre aussi stupide… »
    je crois que cette critique est d’actualité pour angot.

    Cette article, en revanche, est excellent !! Merci

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