Harry Potter et le fauteuil qui coûtait la peau des fesses

Potter heritage
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme », écrivait Alphonse de Lamartine.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force à aimer ? »
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Tu admettras avec moi, mon bon Théodule, qu’Alphonse s’y entendait pour mettre les mots en ordre. Admets que, d’un coup d’un seul, tu regardes ta cuillère à muesli, celle qui accompagne tes brumes matutinales avec la fidélité d’un chien colley, d’un œil plus tendre.
Et que dire de ce sac Eastpack qui t’a collé au dos comme la vérole sur le bas clergé ? Pour finir sensiblement dans le même état qu’un torche-cul au dernier soir d’un siècle de grande épidémie, d’ailleurs… Mais il fallait bien être une âme dématérialisée jusqu’à l’évanescence pour ne pas comprendre que l’on pouvait aimer un trou béant avec quelque fibres de tissu autour et jeter aux ordures ce sac qui, s’il ne pouvait plus rien emporter, recelait au milieu de cet enchevêtrement de déchirures toute une palanquée de souvenirs… Ô la cruelle souffrance d’une séparation non voulue ! Ô désarroi sincère face à la disparition de cette écorchure textile ! Là, tu as compris, que contre toute raison, tu aimais follement un objet.
Respire, mon bon Bidule, tu n’es pas le seul. Et cette passion adolescente pour un sac à dos est somme toute bien modeste et raisonnable en regard de ce que peuvent faire certains grand fétichistes fous.
Le champs des passions possibles est infini. Alors, avant que ne t’envoles dans les sphères lumineuses ou désespérément sombres de la collectionnite incurable, laisse-moi t’attacher un fil à la patte et te garder dans les limites de cette rubrique modeste et géniale : la chose littéraire.
Ouais, mon vieux Machin, y’en a qui se la donnent tellement pour les petits choses des grands écrivains qu’on peut même dire qu’ils s’y adonnent. Avec tous les excès que la passion laisse envisager.
Parfois c’est sublime, parfois c’est ridicule.
Tu as le pied marin, ma vieille Chose ? Oui ? Alors naviguons au milieu des splendeurs et misères des fétichistes littéraires.   
1. L’inestimable valeur de l’empreinte fessière de la mère d’Harry Potter.
La gazette récente des enchères a frémi dans toutes langues de la création : la chaise sur laquelle JK Rowling s’est assise pour pondre les deux premiers tomes des aventures du so famous sorcier, a été adjugée à… (suspension en pointillé pour ménager un suspens facile) … à 394.000 dol’ soit 344.000 euros.
A ce prix-là, tu supputes l’objet d’art. Tu entrevois derrière les chiffres le travail d’un maître ébéniste, la gloire de l’école Boule, la manufacture des Gobelins, les soieries lyonnaises, de la feuille d’or et du bois de rose ou de la ronce de noyer.
Nenni ! Et nenni encore ! Cette chaise est d’une banalité déprimante. Et si tu t’es extasié sur le style de JK Rowling (au passage tu m’écriras pour me dire comment tu as fait), il y a peu de chance pour que tu t’ébaubisses devant ses talents en arts décoratifs. Non contente d’être l’heureuse propriétaire d’une chaise qui n’avait besoin de personne pour s’épanouir dans le pas jojo , Mme Rowling a cru bon de la relooker avec de la peinture rose, un tube de gouache dorée et du point de croix. V’la le résultat à 344 mille boules…
L’empreinte fessière qui te coûte la peau du c.. et te pique les yeux.
2. La griffe de Sir Arthur ou le mystère de la chiure de mouche qui valait une blinde.
Il n’y a pas que le chien des Baskerville qui soit un mystère dans l’univers de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes.
Il y aussi les prix qu’atteignent certains de ses volumes vendus aux enchères selon qu’ils comportent ou non sa signature.
Ainsi, un exemplaire de Une étude en rouge, la toute première aventure du détective accroc à la déduction et à la cocaïne, a été adjugé 153.600 billets verts (134.000 euros ou 107.140 livres sterling) en 2004 et 156.000 dollars en 2007. Trois ans plus tard, une copie signée par l’auteur était estimée entre 292.000 euros et 468.000 euros.
A quoi ressemble donc le paraphe qui fait flamber les biftons ? A ça !
 Conan Doyle
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3. Jules Verne et Verne Jules, billets verts et verts billets.
Jules Verne, qui nous a offert Deux ans de vacances pour faire Le tour du monde en 80 jours avant un Voyage au centre de la Terre puis une escapade De la Terre à la Lune pour finir par un bain revigorant 20.000 lieues sous les mers, est, et tu n’en seras pas surpris, mon cher Trucmuche, l’auteur français le plus traduit au monde. Il est aussi celui a fait soupirer d’aise (et sans doute même de plaisir) le directeur financier de la maison d’enchères Artcurial qui en 2014,  a bazardé 300 volumes des Voyages extraordinaires du Jules pour la modique somme de 277.368 euros. Ce sont dit que ça valait vraiment le coup de faire de la place sur les étagères chez Artcurial.

4. Au pinceau, Totor reste un cador qui vaut de l’or.

Voilà, c’est ainsi depuis qu’il s’est mis à commettre : quand Hugo signe un truc, il se transforme en or. C’est comme ça : Victor c’est le cador des cadors. Et s’il prend le crayon pour crayonner plutôt que la plume pour écrire, c’est pas grave : ça vaut ton pesant de cacahuètes, le mien et tous les pesants de nos amis communs.

Exemple, Théodule ?
Plus qu’exemple, mon cher Chouette Bidule, démonstration.
Quand il s’exila en Belgique (quel homme de goût quand même), Victor s’adonna à quelques griffonages. Signé et daté de 1857, l’un de ses dessins s’est envolé à 447.500 euros en 2012. D’autres croquis avaient également généré de belles enchères pour un total de 550.000 euros lors de cette vente record chez Artcurial (qui, entre nous, se les fait en or massif). Quelques jours plus tard, d’autres lots étaient cédés chez Christie’s, à Paris. Près de cinq cents livres, tableaux, photos ou meubles de Victor Hugo, estimés à environ un million d’euros, ont été proposés à l’occasion du 210e anniversaire de la naissance du monument. La vente globale de la collection a rapporté plus de 3,2 millions d’euros, soit trois fois plus que son évaluation. Signé Victor.
 victorBruxelles
4. Pour Jane Austen, peu de raison et beaucoup de sentiments.
Théodule, si tu détestes Hugh Grant, c’est un peu à cause d’elle. Si ta sœur, cousine, mère, tantes, meilleure(s) copines, prof(s) d’anglais, de français, de maths, la boulangère et la factrice l’adorent, c’est aussi à cause d’elle.
Jane Austen a écrit tous les romans que tu as vu porter à l’écran sur fond d’aristocratie britannique qui s’est assise sur son parapluie mais sent couler le feu ravageur de la passion amoureuse dans ses veines.
J’ironise (très certainement par pure anglophobie primaire – ils ont encore gagné le Tournoi…), mais l’admets bien volontiers : Jane Austen est l’une des colonnes de marbre de la littérature anglo-saxonne. Et c’est très certainement pour cela qu’un manuscrit rare de sa plume a atteint la somme record de 993.250 livres (1,12 million d’euros). Si je te dis que ça concerne un roman inachevé, il y a de fortes chances que tu tombes de ta chaise (je l’espère plus agréable à regarder que celle de JK Rowling…)
The Watsons, c’est le nom du manuscrit à 1 million d’euros, date de 1804 et raconte la vie d’une jeune femme de retour dans sa famille après avoir grandi auprès d’une riche tante (une vendeuse de livres très certainement…).
5. Un Bergé à suivre dans la vallée du flouze.
En décembre 2015, tout ce qui avait dans sa poche   un gros chéquier et un marque-page s’est précipité chez Drouot à Paris où l’on dispersait la bibliothèque de Pierre Bergé, l’homme d’affaires qui cousut la vie de Saint Laurent de fils d’or.
Une bibliothèque d’exception, car l’homme n’est pas que grognon et agaçant, il fut et est toujours un immense amateur d’art et de beau. 
Cent quatre-vingt ouvrages, dessins et partitions furent ainsi dispersés, tandis que ce premier volet de la vente se concluait par une recette de 11,68 millions d’euros. Bien plus que ce que donnait l’estimation haute. Six autres enchères s’étireront jusqu’en 2017.
Parmi les lots qui firent faire des folies furieuses à quelques doux dingues financièrement bien lotis : le manuscrit de L’Education sentimentale de Gustave Flaubert adjugé à 470.000 euros, une édition originale du XVIe siècle des poèmes de Louise Labé pour 430.000 euros, un dessin à l’encre de Victor Hugo (encore) à 400.000 euros ou la toute première édition des Confessions du théologien Saint Augustin pour 260.000 euros.
Quand on aime on ne compte pas. Et quand on adore ?

 

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