Il écrivait debout, c’est peut-être un détail pour vous…

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Sur un trône ou une planche à clous, quand on est assis on n’est jamais posé que sur son cul ! Et tu admettras que pour les fondations de Notre Dame de Paris, il y a mieux qu’un fondement.
C’est peut-être ce qu’a également pensé notre grand Victor qui s’est fait confectionner pour ses travaux une écritoire à utiliser debout.

14112011-_mg_1339Au chapitre de notre musée itinérant des petits rien des grands de la plume, voici donc l’objet de la semaine : l’écritoire de Victor Hugo.

Assise, debout, couchée, aucune position n’a jamais rebuté notre génie intemporel de la plume. Et quand je parle de plume et de Victor Hugo, sache bien, jeune étourdi, que je pèse mes mots et tes difficultés congénitales à capter les degrés.
Car en matière de plume, notre Totor fut un cador. Dans tous les domaines à tous les étages. Si tu ne me crois pas, lis donc les journaux intimes de toutes les soubrettes de la place des Vosges, tu verras qu’en matière de positionnement le Victor s’y entendait comme pas deux pour les leçons de géométrie variable dans l’espace…

En matière de plume également, notre Hugo fut un géant. Parfois grandiloquent, je te l’accorde, mais si t’as trois sous de sentiments, va lire le récit de la retraite de Russie dans le premier volet de l’Expiation et reviens me voir quand t’auras fini de chialer comme un veau (hâte toi lentement que j’ai moi même le temps de me moucher…).

L'expiation

Bref, pour la chose écrite courante, type « rendez-vous sous la troisième porte cochère. Entre 22h00 et 22h03, vous serez toute à moi », Victor ne voulait pas perdre son temps. La bagatelle est précieuse certes, mais l’œuvre est inestimable. Entre Booz endormi et Marinette allongée, l’intention n’est pas la même, l’outil non plus.
Bref, pour la chose courante donc, Victor s’est fait bricoler une écritoire pour écrire à la va vite s’en perdre de précieuse secondes à s’asseoir. L’objet est en fait un bureau surélevé avec de longs pieds travaillés.
Contrairement à son habitude, il a fait confectionner un meuble plutôt aérien, quand lui est un adepte du gothique mastoc. Visite un peu sa maison de Jersey dans les Anglo-Normandes ou le musée à sa gloire de la place des Vosges à Paris, tu verras que Victor ne fait pas dans le bois blond des forêts scandinaves. Le mobilier version Hugo c’est du lourd, bien sombre. Mais comprends-le, tu te vois faire tourner les tables et discuter avec Casper le fantôme sur un guéridon en papier recyclé mâché ?

Bref, quand d’aucuns prient à genoux, Hugo écrit debout. Mais pas seulement. Ce bureau à longues pattes, trône au fond d’un cabinet de travail, juste à côté d’une petite porte dérobée qui s’ouvre et se referme sur un escalier de service en prise directe avec une station de cochers de l’avenue d’Eylaud…
J’entends tes narines se retrousser et tes yeux s’arrondir… Serait-ce possible que tu aies compris sans qu’on te l’explique clairement ? Oui, mon Loulou, si elle pouvait parler, cette écritoire discrète aurait de quoi pondre plus d’un roman.
Supplément chantilly pour te faire mousser à l’heure du dessert et émouvoir ta maman :

Booz endormi, Recueil : La Légende des Siècles
Booz s’était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

L’Expiation – 1er volet , Recueil : Les Châtiments
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.

4 Comments

  • Charlotte dit :

    Toujours aussi délicieux !

  • Louliz dit :

    Je veux la même ! Même si elle s’emmerderait sans doute un peu plus avec moi cette pauvre bête de bois.

  • Caroline dit :

    Quel coquinou ce Victor!
    Mais vous parlez sûrement de sa maison Hauteville House à GUERNESEY (et non à Jersey), n’est-ce pas? J’y vais en mai prochain, il me tarde de contempler cet objet incongru!

    • Joe la Reliure dit :

      Bonjour Caroline,
      vous avez raison il faut rendre à Guernesey ce qui lui appartient.
      Et à la place des Vosges également. L’écritoire dont nous parlons est visible à Paris, pas à Hauteville.
      Cela dit, vous verrez que la maison anglo-normande ne manque pas d’incongruité, même sans cela.

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