La cafetière qui tua Balzac

Balzac café

Tu devrais la voir toute mignonnette. Toute fragile dans son habit de porcelaine blanche relevé de jolis motifs rouges. On l’a mise derrière une vitrine pour la protéger. Vois-tu, si elle tombe, on aura perdu un grand assassin. On perdrait la petite chose qui a abattu un géant d’1,57 mètre, on perdrait la cafetière qui a tué Balzac.

Oui, mon Vieux, Balzac est mort jeune, miné par les excès dont le caoua qu’il adorait.

Mais que veux-tu, on ne publie pas 93 romans et nouvelles en 31 ans en carburant à la limonade sans sucre. Il écrivait 18 heures par jours, Balzac. Penses-y la prochaine fois que tu te déclares trop flémard pour envoyer une carte de vœux à ta tante de Limoges.

Le café selon Balzac, c’était pas de la chaussette griffée à la Georges C, Matt D ou Jean J. Honoré B, il aimait le truc que même les Polonaises hésitent à boire au petit-déjeuner… C’est te dire… Il sillonnait Paris à la recherche des meilleurs cafés. En général, il se confectionnait un mélange de trois variétés originaires de l’île Bourbon, de la Martinique et de moka du Yémen. Puis il s’occupait lui-même de préparer la décoction qu’il faisait bouillir des heures pour obtenir un concentré de caféine capable de le faire tenir toute la nuit. La légende veut qu’il en buvait jusqu’à 50 tasses par jour.

La cafCafetière Balzacéine, c’était sa came, sa C sa D et même tout l’alphabet. A tel point qu’il a pondu de la ligne sur le sujet. Ecoute plutôt et sois   attentif, c’est Honoré qui parle. Nous sommes dans son Traité des excitants modernes, Balzac écrit : « Le café tombe dans votre estomac […]. Dès lors, tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la Grande Armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique arrive avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs ; les figures  se dressent ; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille par sa poudre noire. »

Oh, je te sens envieux !  Comme tu aurais aimé tout ça chaque fois que tu as sué tout ton soda sur tes rédactions de français “racontez vos dernières vacances en famille dans la Creuse” ou une énième lettre de motivation “pourquoi vous plutôt qu’une autre, Ghislaine ?”

 

Attends ! Ne te jette pas sur le Nespresso familial, tu ne trouveras pas le talent dans une capsule. En plus, écoute la suite. En mai 1850, Balzac est de retour de Pologne. Il a 51 ans, mais ressemble déjà à un figurant dans Resident Evil. Son travail de forçat de la plume l’a usé jusqu’à la corde. Son coeur est une pauvre chiffe molle, son corps n’est plus qu’un gros oedème, gagné peu à peu par la gangrène. Malgré tes lenteurs congénitales, tu l’as compris : il est foutu, l’Honoré. Il jette l’éponge et la plume pour de bon, trois mois plus tard, en août. On s’en doutait, maintenant qu’il n’est plus là, on peut le dire : le jus noir, aurait grandement contribué à l’envoyer six pieds sous terre.

Si tu veux voir sa complice, l’instrument de mort, et faire le malin la prochaine fois que tu invites une mignonne à boire un macchiato ou un capuccino dans l’espoir de finir avec un allongé, tu peux t’instruire à la maison de Balzac, 47, rue Raynouard, dans le 16ème arrondissement de Paris, ou alors par ici

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