Moi, Christiane T., 64 ans, démissionnaire, bouffeuse de vers.

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Edmond si tu n’as pas passé ton mercredi dans un caisson étanche à mater en VO des épisodes de Chapi Chapo pour te remémorer ta glorieuse enfance, tu le sais que Christiane a foutu l’camp.
Tu as forcément entendu, lu ou vu quelque part que avant-hier, en fin de matinée, Christiane a chaussé son casque, enfourché son vélo et planté au pied de la colonne Vendôme le ministère dont elle avait le trousseau de clés depuis quatre ans.
Je ne te demande pas ce que tu en penses, tu ne me le demandes pas non plus et nous vivons heureux ainsi. Quand tu viens ici, tu fais comme moi, tu laisses ta carte d’électeur dans la veste que tu accroches au porte-manteau dans le couloir.
Bref… Christiane est partie, certains en rient d’autres en pleurent. Grand bien leur fasse.

Christiane est partie et ça ne change rien au fait qu’aujourd’hui, c’est vendredi. Cela dit, il faut reconnaître qu’avec son départ, une voix singulière s’éteint au Palais Bourbon: celle de la poésie. Car figure-toi, et il faut bien que tu te le figures si tu ne veux pas passer pour la moitié de ce que tu n’es pas toujours, et alors que là d’où je t’écris, nous pataugeons en pleine fashion week…  Bref, figure toi que Dame Christiane est déjà une icône.

Pas uniquement pour les raisons que nous allons aborder ici, mais aussi pour ces raisons-là.

Sache-le Edmond : chez Christiane les textes font loi. Surtout les beaux. Quand les fées et les esprits de la Guyane se sont penchés sur son berceau en 1952, ils lui ont donné le don d’éloquence, quoi que je, tu, ou il en pense.

Si toi aussi, tu veux être comme Christiane, quand mutine, elle taquine les muses et s’amuse à jouer sans note la grande partition du verbe devant des admirateurs ou adversaires médusés, voici qui tu dois pouvoir citer de manière ébouriffante. Ça ne te fera peut-être pas Garde des Sceaux mais ça pourra peut-être te garder des sots.

Règle n°1.
Aimé Césaire, tu devras connaître pour ainsi caler : « Belle année à vous tous qui savez comme Césaire que « tout l’espoir n’est pas de trop pour regarder le siècle en face » (Twitter 31 décembre 2012)

Règle n°2.
René Char, tu sauras manier, pour ambiancer la promotion de ton cousin Hector, comme elle l’a fait au soir du 6 mai 2012 pour son ami François : «Tel est notre cap. Nous poursuive qui peut. Monter, grimper…mais se hisser? Oh! Combien c’est difficile»

Règle n°3.
À Zola tu te référenceras, pour asséner sur ton blog : «Aujourd’hui où ce qui est minuscule fait grand tapage en tombant, ce détournement du cri de tonnerre de Zola (en parlant de J’accuse) résonne pathétiquement comme un couic de déroute.»

Règle n°4.
Dans le plus pointu, jamais tu n’hésiteras à t’aventurer et du Léon-Gontrand Damas en moult circonstances tu citeras  quand il s’agira de présenter tes projets : « ‘L’acte que nous allons accomplir est beau comme une rose dont la tour Eiffel assiégée à l’aube voit s’épanouir enfin les pétales. Il est grand comme un besoin de changer d’air ».

Celle-là, si tu la cales à ton banquier quand tu négocies ton droit de découvert, tu es le Phénix des hôtes de ces bois (Copyright : Jean de La Fontaine).

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Admets Edmond que nous avons pris de la hauteur. Que tout cela est bel et bon.
Mais attention, Edmond, ce n’est plus la même camomille quand c’est Christiane qui tient la bouilloire.

Christiane aime aussi à ce citer elle-même. Entends par là qu’elle aime laisser vagabonder sa plume en 140 signes sur Twitter.
Et là, mon vieux, ça prend une toute autre tournure.
Je te donne quelques-unes des plus obscures lumières littéraires de la dame. Sauve qui peut et comprenne qui pourra !

 

Twitter – 11 sept.2015 à 22h37
, que charrient de si putréfié les vents mauvais qui nous défigurent pour que ceux qui savaient se tenir s’affaissent ainsi ?

Twitter – 9 oct.2015 à 22h29
« Battlefield » aux @BouffesduNord, du pur Peter Brook, profond et léger, d’improbables réponses au monde sans questions

 

Et parfois, c’est ça !
Twitter – 27 nov.2015
Ce matin le pays avait l’âme embuée. Des Invalides s’est élevé tant d’amour que le ciel, triste mais attendri, s’est éclairci…un peu

Pas mal, hein ?

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