Pourquoi Netflix ne sera jamais HBO

Derrière ce titre badaboum se dresse un vrai constat, certes intuitif me direz-vous. Mais, franchement, qui a déjà vu Bignoze se tromper ?

Après avoir combattu dans deux catégories différentes pendant des années, Netflix, l’ogre de la VOD, et HBO, le king du câble payant américain, s’affrontent depuis plusieurs mois sur le terrain de l’un et de l’autre avec notamment comme steak à la clé : le titre de champion des séries toutes catégories. Si HBO est de loin l’outsider. Netflix dont l’ambition semble n’avoir aucune limite est un challenger en puissance que certains voient déjà vainqueur aux points à la fin du douzième round.

Nous avons choisi deux de leurs nouveaux poulains du mois d’août pour remettre les pendules à l’heure. Show Me A Hero (HBO) et Narcos (Netflix), deux séries qui se déroulent dans les années 80.

DANS LE COIN ROUGE

NETFLIX, l’acteur du moment, du moins en termes de hashtags. Netflix, tout le monde en parle, et surtout en Europe où son arrivée fait couler beaucoup d’encre, que ce ça soit à propos de la concurrence des services de VOD européens ou du point de vue juridique, et surtout à propos de ce qui nous intéresse : la création originale. On parlerait d’un investissement d’un milliard de dollars pour cette nouvelle année, soit 340 heures de contenu estampillé Netflix. Des documentaires de prestige, des films, mais évidemment des séries.
Dans ce domaine, Netflix s’était acheté une crédibilité avec House of Cards et Orange is The New Black, avait énervé avec Marco Polo, avait fait vaciller tous les cœurs avec la merveille Bloodline, et soulevait donc la question de la régularité et de l’identité. Quelle est la patte Netflix ? Mainstream ou arty ? Balle ou bullshit ? Annoncé en grandes pompes à coup de bandes-annonces et de matraquage marketing, Narcos arrivait sur nos écrans au mois d’août. L’histoire de la naissance du Cartel de Medellin en Colombie, de Pablo Escobar à la guerre avec les services américains…

DANS LE COIN BLEU
HBO, la déesse du câble américain, la reine enchanteresse, la poète révoltée, qui a créé la série moderne telle qu’on la connaît, qui a produit les Sopranos, Oz, The Wire, Game of Thrones, Sex In the City, Boardwalk Empire, Girls, et j’en passe. HBO qui a fait des années 2000 la plus belle période sans doute de l’histoire des fictions TV. HBO qu’on a dit vieillissante à plusieurs reprises, à la fin des Sopranos notamment, et qui est pourtant bien là, toujours fringante, en grande partie maintenue sur le devant de la scène grâce à Game of Thrones, succès populaire incomparable, machine à fric insensée et quoiqu’on en dise… mainstream. Alors que HBO a récemment sorti d’autres pépites intellos comme elle en avait l’habitude, True Detective  (dont la deuxième saison est bien meilleure que ce que tout le monde en dit) ou encore The Leftovers, on pourrait se poser là aussi, légitimement ou non, la question du style et de l’identité de la chaîne. Et c’est à ce moment-là que HBO fait appel à l’un de ses génies historiques, David Simon, le créateur de The Wire et de Treme, pour nous pondre une mini-série de six heures : Show Me a Hero. L’histoire du plus jeune maire des Etats-Unis contraint de faire construire des logements sociaux dans un quartier blanc de l’État de New-York à la fin des années 80…

 

FIGHT !

Narcos entame fort, parce que c’est une série longue d’abord et parce que son traitement pop culture en fait immédiatement un popcorn sympa à bouffer. En face, Show Me a Hero, seulement armée pour 6 épisodes est plus long à démarrer. Le pilote d’une mini-série n’a pas la même mécanique ni la même saveur qu’un pilote de série longue et forcément, on n’est pas aussi chauffé que pour le premier épisode de The Wire ou de Treme. Narcos gagne peut-être le premier round. Peut-être. Mais très vite, Show me A Hero se redresse et commence à asséner ses coups, les personnages se développent, les problématiques s’installent, les tensions se créent, les diverses couches du récit se révèlent et s’entrecroisent. En face, Narcos montre ses limites. On n’est pas en présence d’un blockbuster hollywoodien mais c’est tout comme. La voix-off commence sérieusement à nous casser les couilles. Les personnages à se révéler bien trop creux. Dans les deux cas, on apprécie l’élégance et la dextérité de Wagner Moura en Pablo Escobar et d’Oscar Isaac en Nick Wasicsko. Dans les deux cas, la réalisation fait le taf, élégante, attirante, sans être incroyable mais servie par deux bandes sons de qualité.  Narcos marque un point inattendu avec l’épisode 6 mais Show Me A Hero s’envole dans la deuxième partie de sa saison. Elle nous questionne, nous torture, nous émeut.

En six épisodes bouclés, Show Me a Hero met Narcos KO.

Mais oui, mais parce que la différence est là. Show Me a Hero a une vision, une sensibilité, du caractère, et un écho particulièrement saisissant avec la question actuelle des migrants.  Alors oui Show me a Hero est une mini-série et de ce fait n’explore pas aussi loin les conflits et n’installe pas un univers aussi solidement que les séries longues de David Simon. Mais cette mini-série restera dans la tête de ceux qui l’ont vue, comme The Corner quinze ans plus tôt ou Generation Kill. A l’inverse, Narcos se cantonne à raconter une suite d’événements, à mettre vaguement en place des personnages et des problématiques et à enrober le tout sous une couche de maquillage à la cool qui trouvera certainement son public. Tout n’est pas à jeter dans Narcos. On restera attentifs aux prochaines saisons. S’il n’est pas trop sucré, le popcorn peut toujours dépanner. Mais clairement pour les spectateurs exigeants, Narcos n’est pas suffisant et ne rassure pas sur la qualité générale des séries Netflix. En revanche HBO confirme qu’elle est toujours là pour les artistes et les esthètes de la série. Et quand on sait que HBO  n’est toujours pas prêt de lâcher un David Simon qui n’a pas l’air d’avoir envie d’arrêter, ça fait rêver. Deux nouvelles séries lui ont été commandées par HBO. L’une sur l’émergence du porno à New-York dans les années 70, l’autre sur le Watergate.

LA REVANCHE
Elle sera forcément financière puisque Netflix avale les catalogues des principales chaînes américaines et continue sa croissance en VOD, mais à vouloir tout dévorer, Netflix, en créateur de séries originales, pourrait bien avoir du mal à imposer une patte. Un style. Une esthétique qui irait au-delà de la simple appellation. Une marque, un nom, ne suffisent pas à imposer un style. Alors, en attendant de voir la nouvelle saison de The Leftovers, moi je vous dis : pour toujours, HBO est mon outsider. Et les Emmy de ce week-end sont venus m’appuyer. HBO en remporte 43 cette année, contre 4 pour Netflix.

Peu importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse, me direz-vous et à quoi bon ce combat de boxe ? Il est seulement là pour souligner l’efficacité de la politique des auteurs, du risque, des niches et des talents qui sera toujours, en termes de création, plus payante que celle du commercial et du marketing systématique. La QUALITE, voilà ce qu’on aime, nous chez Bignoze !

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