Quand les escrocs te donnent les crocs

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Aviez-vous déjà remarqué les innombrables allusions culinaires dans les films de mafiosos ? Qui n’a jamais salivé devant les copieuses tablées des Corleone ou des Soprano ? Revenons sur ces anecdotes mafieuses et bien juteuses, où l’on découvre que ces hommes avant d’aimer le sang, aiment surtout la bonne chère…

L’autre jour, en revoyant les Affranchis, j’ai réalisé à quel point ce genre de films pouvait donner la dalle. Et pour nous mettre l’eau à la bouche, c’est indéniable, le maître Scorsese excelle. On se délecte jusqu’aux fins fonds d’une prison où l’ail se découpe à la lame du rasoir. Non mais sérieusement, avant ça, vous aviez déjà fondu pour une gousse d’ail ? Il nous fait du Petitrenaud en cabane et on en ressort avec les mêmes fourmis dans l’estomac !

Cette scène est un régal n’est-ce pas ? La zonzon semble tellement accueillante soudainement !

Il faut dire que Mamma Scorsese n’était jamais bien loin lorsqu’il s’agissait d’inspirer un peu de gourmandise à ses films. Très respectée de sa progéniture, elle apparaît même dans une scène des Affranchis, à table bien sûr (à voir par ici ).

On est d’ailleurs tombé sous son charme en visionnant cette interview où elle évoque notamment son histoire de cuisinière. 

Si Scorsese a beaucoup joué avec nos salives, ses films ne sont pas les seuls à nous donner des envies furieuses de plâtrée de polpette et de caponata.

Forcément, la corrélation entre cuisine et mafia est vite établie lorsque l’on pense à la culture italo-américaine et surtout lorsque l’on sait que le clan, la famille est l’un des piliers de ces groupes criminels. Sachant que pour tout bon italien la cuisine authentique est intimement liée à la famille, le cinéma de mafioso ne pouvait bien entendu pas contourner la thématique. La table d’un restaurant ou la cuisine d’un appartement figurent parmi les lieux centraux de ces films où les secrets se partagent autour d’un plat de pâtes. Et si dans les affaires, ces messieurs font la loi, derrière les fourneaux, ce sont les “mamme” et les “nonne” qui gouvernent. Elles ont néanmoins très bien transmis leur art à leurs tendres garnements qui savent eux aussi nous faire saliver derrière l’écran.

 

Coppola et son Parrain ne nous ménagent pas plus lorsqu’il s’agit de passer à table. Là encore, parfaite maîtrise des plans sauce tomates. Souvenez-vous de cette terrible sauce spaghetti dont Peter Clemenza nous livre les secrets… Comment ça, vous ne voyez pas ? Voici de quoi vous rafraîchir la mémoire …

 

Pour l’anecdote, Francis Ford Coppola, peu confiant quant à la réussite du premier opus du Parrain, disait avoir détaillé la recette de cette sauce pour que, si le film était un flop, les spectateurs aient au moins appris à faire une bonne sauce spaghetti. Finalement personne ne se souvient bien de la recette et c’est tant mieux pour Francis.

Nous pourrions passer des heures à désosser tous ces films où les plats s’échangent comme les biftons. Ça tombe bien quelqu’un s’en est déjà chargé, recettes à l’appui, dans un délicieux bouquin :  “A table avec la mafia”. Ce livre de Claire Dixsaut et Philippe Di Folco a déjà quelques années derrière lui, mais mérite toujours le coup d’oeil pour ses nombreuses anecdotes et ses 90 recettes italo-américaines.

 Mais si dans la fiction, la cuisine est toujours reluisante, la mafia ne fait pas toujours dans l’excellence en réalité. En Italie, elle a même très mauvaise réputation ces temps-ci puisqu’elle serait à l’origine de la commercialisation de produits frauduleux et toxiques dont on ne préférerait pas connaître la composition. Allez, on vous en donne quand même un aperçu : que diriez-vous d’agrémenter vos tomates d’une mozzarella contenant des fragments de céramique et de les assaisonner d’une huile d’olive allongée à la chlorophylle ? Avec ça, on vous propose une tartine avec du pain cuit au feu de bois issus du démantèlement de cercueils et du beurre produit à partir d’huiles cosmétiques, d’hydrocarbures et de graisses animales. Sympa n’est-ce pas ?

Pour contrer le phénomène, les italiens ont carrément créé un label, “Libera Terra” qui propose des produits sans lien avec la mafia. C’est dire l’étendue du problème.

Si les parrains se contrefichent de votre alimentation, dans la réalité comme dans les films, ils ne négligent jamais la leur. Même derrière les barreaux. Et je ne parle plus là de l’oeuvre de Scorsese bien qu’il y ait similitudes. Je fais plutôt allusion à un chef étoilé Irlandais qui s’est acheté sa sécurité en prison en séduisant les papilles de Frankie Pero, membre incarcéré de la mafia new yorkaise. Son arme de séduction fut notamment la Piccata, ce plat italien de veau sauté, émincé en fines tranches, servi avec une sauce à base de jus de citron, de câpre et de beurre. Ce chef raconta même avoir passé des heures à préparer de ragoûts et plats italiens en tous genres aux côtés des membres de la mafia… comme quoi la scène des Affranchis n’est peut-être pas aussi surréaliste que ce que l’on pense.

Et ce n’est là qu’un petit échantillon de tout l’amour que cultivent ces affreux jojos pour la gastronomie, italienne de préférence. Si le sujet vous intéresse, il ne vous reste plus qu’à vous procurer le livre « A table avec la mafia » mentionné plus haut.

Enfin, comme maintenant vous trépignez d’envie de vous empiffrer de pâtes et de polpette, on vous a dégotté la recette détaillée de la sauce spaghetti de Clemenza dans le Parrain :

Les ingrédients :

2 c.s d’huile d’olive
2 à 4 gousses d’ail hachées
2 boîtes de tomates entières, broyées ou concassées (environ 300g)
10 à 15 g. de concentré de tomates
3 à 4 saucisses italiennes, grillées et tranchées
500 g. de boulettes de viande précuites (utiliser votre recette préférée)
Vin rouge sec
1/4 de tasse de sucre

La recette :

1. Faire chauffer l’huile à feu moyen dans une grande casserole.
2. Ajouter l’ail et cuire pendant quelques minutes. Ne laissez pas brûler l’ail.
3. Ajouter les tomates et le concentré. Cuire pendant environ 5 minutes, en remuant continuellement de manière à obtenir consistance relativement lisse.
4. Ajouter les saucisses et boulettes de viande. Remuer jusqu’à ce que la viande soit bien imprégnée.
5. Ajouter un peu de vin rouge, puis le sucre selon votre goût (on vous conseille de goûter progressivement)
6. Réduire à feu à moyen-doux et laisser mijoter pendant un minimum de 20 minutes, en remuant de temps en temps pour éviter de brûler.
7. Servir bien chaud avec vos spaghettis.

Recette tirée du site The Urban Possum 

Allez, bon appétit bande de voyous !

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