Robert Bresson : L’inventeur du « Casting Absolu »

Spotlight_802_013

Une nouvelle étoile vient se poser sur le « Big Boulevard ». Roulement de tambour…bienvenue à Robert Bresson.

Cinéaste bien à part à qui la Mostra a dédié un prix. Cocteau disait de lui qu’il s’exprimait avec la caméra comme s’exprime un poète avec sa plume.

Bresson-NadineOutre la fascination qu’il avait pour « le geste » et le hors champ, Bresson est connu pour son rapport particulier aux acteurs. Il aimait filmer des comédiens non professionnels, vierges de toute formation ou expérience théâtrale et filmique. Les prises s’enchaînaient jusqu’à l’épuisement, afin d’obtenir ce qu’il appelait : l’absolu. Cette vérité chargée en émotion, violente et poétique.

C’est Eddy Catala un neo bressonien graffeur et culturellement vorace, que vous aurez l’occasion de lire régulièrement sur Bignoze, qui nous présente ou du moins tente de nous peindre le portrait de l’un des cinéaste les plus énigmatiques du 7eme art.

Eddy range la bombe, à toi le pinceau.

——

Robert Bresson: Vider l’étang pour avoir les poissons.

Le monde, la II guerre mondiale traversée par un ovni glacé, le travail de cinématographie de Bresson par l’acte de peindre, en tout cas chez lui, des pellicules d’imaginaire plaquées superposées qui enfantent une réalité.

mouchette2Dans ce renversement on comprend que c’est pour mieux photographier la brulure que Bresson tente de cultiver la froideur , qu’il nous plonge sous le zero absolu de l’exaltation…Le dernier réalisateur Janséniste, par son esthétique du dépouillement absolu permet aux signes de refaire surface avec toute leur teneur génésique, la misérable prison de ses personnages les conduisant inéluctablement à la grace…

Ses acteurs n’en sont jamais vraiment, on y trouve des charpentiers, des sculpteurs, des lycéennes…chez qui il tente sur les tournages apparemment pénibles d’en dégager une once de spontanéité, en cherchant sans cesse cet effet du piqué sur le vif, un documentaire joué avec des acteurs n’ayant jamais pu visionner les rushs de la veille…Pas moyen de se corriger, on fera avec ce qui naitra.

On a choisi de te présenter Bresson, parce que de savoir comment ton âme va s’en sortir dans ce monde avide de sexe, de drogue et de reconnaissance, ca nous intéresse aussi.
Vu que le monde est dangereux, que dehors ca tire toujours pour deux trois pistaches, et qu’on sait être charitables pour pas un radis, on va te tendre une chaine pour te tirer hors de l’orniere, ami surnaturel… relève tes yeux, cette chaine du froid est de facture Bressionienne, les anges au bras glacial, mais à l’esprit brulant s’y suspendent.

Bienvenue sur le tournage de Mouchette. Attention à l’absolu.

Sache que, si tu lis ceci, tu t’es forcément un peu égaré, mais qui t’a dit qu’ici on n’aimait pas les âmes égarées? Regarde mon doigt, il pointe dans une direction pas très nette, oui, c’est Bresson au bout du doigt, et ça vaut la peine de s’y attarder.

Il va partager son gout pour le destin et le polar spirituel pour nous en faire comprendre les saveurs et la fonction, infiltrer un peu de ton Christ à l’intérieur, mais range une seconde tes rêves pathogènes de reconnaissance au fond des méandres tortueux de ton cœur, je sais que tu as souffert, une âme pure et vide de péché ne peut pas exister ici bas, , je te comprends, des destins désastreux, des ruptures douloureuses, expériences inoubliables d’écorchure de ton âme, une déchirure de personnalité propre à tout mammifère, prémonitoires de tes souffrances futures, comme toi, durant toute ma vie je n’ai jamais réussi à choisir le bon camps , j’ai toujours erré tel un chien sans maitre,  triste et heureux de vivre ma vie d’etre en peine, le poil rugueux et humide à la fois, une quete chevaleresque, mais sans aucune clairvoyance, à avancer fièrement dans la brume opaque, sans savoir ou j’allais, tu me comprends? O tu me comprends…L’errance…mais ca c’était avant, au temps des abricots, depuis on s’est positionné.

pickpocket-trailer-title-stillToute l’ambiguïté de ton parcours oblique ne doit surtout pas être dénigrée ici… tu es presque chez toi, regarde vers quelle direction tendent les poils du pinceau de Bresson, cette plateforme condamnée avec à son extrémité deux ronds points haineux comme les tétons de Pamela, n’hésite plus choisis-en un, vas-y fonce, tes velléités de rédemption y seront bien accueillies, les fantômes qui y sommeillent
entendront ton tourment. Le partageront. Tu y seras le bienvenu. Le téton gauche de Pamela, ta nouvelle maison, tu pourras y observer les parcours obliques des héros Bressoniens…

Prends tes aises, dans « Pick-Pocket » Michel le désargenté, plonge comme nous dans le métropolitain, sauf qu’il plonge aussi ses mains dans les poches de nos arrières grand-parents, ce détroussage est NÉCESSAIRE à l’accomplissement d’un style, d’une âme, d’un visage, celui de la femme, rencontrée au péage de cet autoroute  à sens unique, tant d’errance, constitutive de la brulure d’un coeur, tant de portefeuilles, nécessaires pour trouver l’Ange brulé aux poches vides…qui l’a fait se sentir à sa place, sans même avoir de place… après cela, tout le reste n’est que faune et flore.
-« O Jeanne, pour aller jusqu’à toi, quel drole de chemin il m’a fallu prendre! »

Bresson confie les affaires spirituelles au style policier, le style hagiographique habituel pour ce registre est évacué,  il faudra que tu oublies les styles exaltés, ainsi que ces caracteres fruités ou faussement singuliers… sinon…recule loin,  ne t’attend pas à une psychologie ou à une force de caractère, il fallait choisir le téton droit , ici, ceux qui attirent le mieux les flammes sont  les etres asséchés par ces existences insupportables et poussiéreuses, du bois tout sec, mais ca, n’importe quel scout ou pyromane le sait déjà.

Dans ce dessèchement sa Jeanne d’Arc est à point donc parfaitement asséchée, elle catalyse tellement bien les flammes que passées les touffes de fumée du bucher, il n’en restera rien, mis à part l’Esprit, qui flambe l’air comme la violence embrase les champs de coton…les brulures d’un coeur qui pourtant ne le rendent pas plus noir, par divine intercession, par supreme dépouillement, et pourtant c’est pas l’anarchie…

le-journal-dun-curé-de-campagne-photo-roger-corbeau bressonDans son « Journal d’un curé de campagne » (adaptation du roman de Bernanos) Bresson nous cinématographie le slalom du nouveau curé d’Ambricourt  sur son chemin de croix dans la plaie intercostale du Christ à l’agonie… accroche toi à ta bouteille de vin AOC . Notre ami tout juste curé, fraichement  sorti du séminaire se charge à en litres de sang Christique riche en metaux lourds, pour décharger sa compassion, un futur cancer à l’estomac pour rançon de sa Passion. Dès le premier plan il s’essuie lentement le visage avec son mouchoir déjà à bout de force, c’est déjà douloureux , pas de violence en germe, mais le morale en berne, toi tu tiens ton crane comme Shakespeare, on en revient toujours a Shakespeare.

Le corps jeté dans les spasmes de l’agonie et de l’angoisse, voila la plus belle mort (d’amour), qui n’est pas la mort dans les transports. C’est la stase totale et sans ciel apparent, tous les personnages sauf le curé ( dans son sacerdoce de la compassion) sont rivés sur leur être, obstinés a persévérer dans leur être, essentiellement occupés d’y persévérer, contre la grâce, haineux inconsciemment, impossible de les remixer dans le droit chemin… il passe son temps  à faire acte de christianisme, c’est à dire à éponger le mal…Notre homme de service aide et soulage, mais les vies des mammifères qu’il côtoie lui  froissent les yeux, il voit la vérité comme le soleil qui luiScreen-shot-2013-12-10-at-1.19.36-AM  permet de tout voir mais qui lui brule les rétines quand il le regarde. Tu n’apercevras pas le ciel dans les  films de Bresson, la misère c’est évidement d’être totalement inconscient de la réalité de notre cheminement sous les étoiles . Trouver la porte de sortie de ta maison, mais seulement pour laisser le mal pur te chuchoter un freestyle au creux de l’oreille, le mal ici, c’est devoir penser sexe, penser soi, devoir penser estomac, devoir penser portefeuille…C’est si facile de rater l’essentiel…Misère totale tu nous éloignes même de la connaissance des étoiles, tu nous laisses jouer avec nos uzis juifs afin que l’on oublie les rayons du ciel, mère misère tu nous couves dans nos rêves de gloire. Mais ca mon ami, tu l’as déjà dépassé non?

La stase…je t’avais prévenu, le monde s’est arrêté de tourner, il ne reste plus que des signes, seuls les personnages suspendus dans le temps, des enfants qui meurent avant la fin du dernier quart-temps, souvent sans noms, toujours sans filiation,  abritent ce feu ininterrompu, qui permet à la narration de tenir, c’est mental, mais c’est aussi c’est viril… Bresson (dont les acteurs ne sont jamais des professionnels) convoque visages, regards, gestes, paysages et objets , les dépouillant peu à peu de toute symbolique et leur confiant la mission de signifier au delà d’eux mêmes la puissance de la grâce ou la présence de Dieu, à leur insu…des signes de…qu’il faudra que tu saisisses au passage…Robert nous allume à base de rafales de signes originels, ça sent le début comme ça sent la fin, copain.

Coup de passe passe bressonien dans Pickpocket.  

Le mal, le bien, si invisibles chez Bresson, parcqu’au fond du congélateur, on ressemble tous à ces fragments de carne figés au bord de l’abime…Dans « L’Argent » ,drame dostoievskien, rien de plus manifeste, l’argent, le meurtre, la fragmentation, tu comprends? Ici on a tous des visages fragmentés, malgré notre  style de perfectionnement par la pensée continue.

A sa sortie de prison Yvon enfonce une hache dans le crane d’une dame aux cheveux gris, qui l’avait pourtant accueilli et tout pardonné. Yvon n’est plus  personne,  juste le pantin  du mal pur (qui lui reste toujours hors champs), son bras est  devenu le prolongement de la hache qui pointe en direction de cranes de vieilles dames gentilles. Yvon shoote pour l’argent, mais l’or est juste  l’excuse moderne, il pourrait faire sans… Pourtant on ne voit jamais de meutre, juste du sang qui coule dans l’evier, les plans sont déconnectés dans ce style fragmenté, c’est au mal en toi de faire le lien, on te fait confiance…ca deboite toujours, meme quand certains acteurs jouent comme des tate-pas.

E.C

Alors faite nous confiance et (re) embarquez dans la capsule avec Robert. Bresson est aux commandes et nous promène dans les arcanes d’une poésie en mouvement constant qu’on appelle son cinéma, enfin son cinématographe.

Pour tout toqué de la toile, et il faut l’être pour avoir essoré ces (quelques) lignes, il y a toujours et à chaque fois  un avant et un après Bresson.

A visionner :

-Pick-Pocket ( itinéraire d’un chouraveur)
-Au hasard Balthazar (parcours d’un ane mystique)
-Une femme douce ( chronique d’un mariage catastrophique, tuerie)
– Le proces de Jeanne d’Arc ( selon les rares documents officiels du proces)
-Mouchette (adaptation de Bernanos)
-Journal d’un curé de campagne (aussi depuis Bernanos)
-Le diable probablement ( sur la jeunesse écologique/lucide)
-L’Argent (de la fausse monnaie qui conduit à l’incarcération d’un innocent)
-Un prisonnier s’est évadé

Bresson parle du cinématographe, fuck le cinéma…


Robert Bresson à Propos de sa Vision du… par CinemaMonAmour

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *